vendredi 8 février 2008

"Youth without youth"

Littéralement "jeunesse sans jeunesse", le dernier Coppola offre une réflexion évidente sur la notion du temps qui passe et qui n'attend pas ses spectateurs.



L'homme sans âge
présente Dominic Matei, chercheur en linguistique, qui se rend en Roumanie pour finaliser ses recherches sur les origines du langage, oeuvre qui n'aboutira jamais par manque "d'existence".



Le film constitue un véritable "chantier" où le réalisateur tente diverses approches: beaucoup d'éléments hétéroclites y sont mêlés; parfois trop au goût du spectateur lambda, dont les préférences se rangent généralement du côté de la linéarité et de la clarté.

Coppola joue d'une part sur la manipulation du temps, qu'il contrôle à sa guise tel un marionnettiste qui conserve tous pouvoirs sur l'oeuvre fictionnelle; le spectateur devra sans doute rester sur sa faim, ne sachant s'il doit admettre ou non ce retour à une jeunesse inespérée, qui s'inscrira paradoxalement dans la continuité du temps.

D'autre part, il met à l'épreuve les frontières fictionnelles de l'homme sans âge: après une mise en abyme de la fiction dans la fiction (traditionnelle sur ce point), il rompt l'horizon d'attente du spectateur en alternant successivement scènes crédibilisantes (le contexte de la guerre nazie, le cadre scientifique de ses études, le milieu hospitalier où il examiné) et scènes purement fictionnelles où Matei exerce notamment ses pouvoirs, gracieusement offerts par le coup de foudre qui lui permet de rajeunir.
Coppola insère ainsi l'onirisme au coeur même d'une réalité qui se voulait inflexible, indisposant par là-même le spectateur, troublé du mixte particulier auquel il ne peut directement adhérer.

Coppola annonçait qu'il s'était définitivement détaché des grosses productions hollywoodiennes: de fait, il mise ici sur l'intériorité de son personnage et propose à son spectateur de se laisser passivement guider au gré des événements qu'on lui présente et qu'il ne peut qu'entrevoir (ou tout au plus en deviner l'aspect), à l'instar de l'inconscience et de l'intériorité qui demeurent à jamais de nature improbable.

A voir pour l'interpellation qu'il soulève, en prenant le risque de rester sur sa faim ou en conclure qu'il est parfois bon de ne pas tout savoir. (On s'interrogera notamment sur la signification des roses et de leurs apparitions récurrentes...)

La B-A, loin d'en refléter l'atmosphère,

et (optionnellement), une critique des Cahiers du cinéma...

(NB: réalisé à partir de la nouvelle de Mircea Eliade!)

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Les roses
fanent.

© a dit…

Et les pétales carmins,
dés cet humus qu'ils assurent
au sol et en flétrissures,
sont la promesse d'un lendemain.