"J’accepte de mourir, mais pas d’ennui."
Datant de 1970, ce film dramatique nous offre tout d’abord un reflet des troubles estudiantins se déroulant en Amérique, mouvements révolutionnaires qui seront réprimés sévèrement par les autorités de l’époque.
Le film débute par ce contexte réaliste, en suivant Marc, jeune étudiant qui se distingue de la masse tout en y étant pourtant mêlé, il déclare d’entrée de jeu : J’accepte de mourir, mais pas d’ennui.
Un meurtre est commis, Antonioni joue subtilement sur les scènes elliptiques pour rendre le spectateur dubitatif : on ne peut savoir si c’est réellement Marc qui a tiré (même s’il semble le démentir assez faiblement par la suite).
Quoiqu’il en soit, celui-ci prend la fuite, s’écartant d’une société que l’on suggère aliénée, via l’abondance des marques américaines, parsemées tout au long du film. De son côté, Daria, jeune secrétaire, dénigre la société pour laquelle elle travaille et semble piteusement s’ennuyer : elle prend alors distance de ses contraintes par la voie de l’exil temporaire.
Le film se transforme alors en une sorte de road-movie (voire en "plane-movie", pour autant que cette appellation puisse exister, supposons que oui), leur évasion semble se laisser guider par le jeu et le hasard.
Leur fuite, désormais commune, aboutit au Zabriskie Point ou la vallée de la mort, vallée désertique au sud-est de la Californie, qui incarne une sorte de climax. C’est en cet endroit le plus incongru que s’épanouit leur amour : l’endroit est désertique mais ils ne s’y ennuient pas une seconde. Ils se sentent libres, seuls au monde. Daria qualifie le lieu comme étant d’un calme absolu, Marc emploie quant à lui le terme de mort, ce qui laisse suggérer au spectateur leur vision différente du monde.
S’ensuit alors une scène fantasmatique, assez longue, qui se laissera interpréter de différentes manières (au gré de vos suppositions !), certains parlent d’une allusion à Adam et Ève, d’autres y voient la réalisation d’un imaginaire fantasmatique collectif.
C’est tout particulièrement dès leur passage à Zabriskie Point que le film devient profondément onirique, et même introspectif.
Les personnages sont en effet énigmatiques, imperméables à l’intrusion du spectateur : on ne sait exactement ce qu’ils pensent ou dans quelle direction ils vont aller, on peut tout au plus le deviner. Ils ne parlent pas beaucoup, n’expliquent pas leurs démarches. Le film recèle aussi de quelques temps morts, phases d’ennui pour certains, occasion du vagabondage de l’esprit pour d’autres. Ce film permet donc une libre interprétation, ce qui le rend assez intéressant, de fait.
Antonioni mise aussi sur une stratégie d’esthétique, pour certaines scènes en tout cas, ce qui donne une certaine rythmicité poétique au film.
Il s’insurge contre le rêve américain : la manifestation la plus évidente se trouve dans la scène finale de l’explosion (de frigos, journaux, vêtements, marques américaines). Antonioni agit par monstration suggestive tout en laissant une marge de liberté au spectateur qui demeure libre de l’interpréter à sa guise, à travers l’introspection voilée des personnages.
A noter : la musique des Pink Floyd pour la bande-originale !
Pour ma première découverte du célèbre Antonioni, je n’ai pas été déçue...